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NAPOLEONS LAATSTE LEVENSJAREN
qu’en suite la surveillance serait faite, s’il en existait, de manière que 1’Empereur, durant le reste de sa promenade, soit qu’il entrat dans quelque maison ou profitat de quelque beau site pour travailler, n’aperput rien qui püt le distraire d’un moment de rêverie ...
D’après cela, 1’Empereur se proposait ce matin de monter a cheval a sept heures. II avait fait préparer un petit déjeuner, et comptait aller, dans la direction de Sandy Bay, chercher une source d’eau et profiter de quelques belles végétations, dont on est privé a Longwood, pour y passer la matinée, et y travailler quelques heures.
Nos chevaux étaient prêts. Au moment de monter, j’ai eté prévenir le capitaine anglais, qui, a mon grand étonnement, a déclaré que son projet était de se mêler avec nous, que 1’Empe-reur ne pouvait trouver mauvais, après tout, qu’un officier ne jouat pas le röle d’un domestique, en restant seul a 1’arrière. J’ai répondu que 1’Empereur approuverait sans doute ce sentiment, mais qu’il renoncerait des 1’instant a sa partie. „Vous devez trouver simple et sans vous en croire offensé, lui ai-je-dit, qu’il répugne a la présence de celui qui le garde.” L’officier se montrait fort peiné, et me disait que sa situation était des plus embarassantes. „Nullement, lui ai-je observé, si vous n’exécutez que vos ordres. Nous ne vous demandons rien, vous n’avez a vous justifler de rien. II doit vous être aussi désirable qu’a nous de voir les limites poussées vers les bords de la mer, vous seriez délivré d’un service pénible et peu digne. Le but qu’on se propose ne serait pas bien moins rempli, j’oserais vous dire qu’il le serait davantage. Quand on veut garder quelqu’un, il faut garder la porte de sa chambre ou celle de son enceinte; les portes inter-médiaires ne sont plus que des peines sans efficacité. Vous perdez de vue 1’Empereur tous les jours quand il descend dans les ravins de 1’enceinte; vous ne connaissez son existence que par son retour. Eh bien! faites-vous un mérite de cette con-cession qu’amène la force des choses, étendez-la jusqu’un mille du rivage, aussi bien vous pouvez le tracer sans cesse, a 1’aide de vos signaux, du haut de ces sommités.
Mais l’officier en revenait toujours a dire qu’il ne demandait ni regard ni parole de 1’Empereur; qu’il serait avec nous comme s’il n’y était pas. II ne pouvait comprendre et ne comprenait pas, en effet, que sa vue seule püt faire du mal a 1’Empereur. Je lui ai dit qu’il était une échelle pour la manière de sentir et que la